dimanche 4 octobre 2009

Du nouveau sur le blog "Le Do dans le Karaté"


Deux nouveautés sur le blog
  1. Vous êtes nombreux à visiter ce site depuis des pays non francophones et vous serez peut-être intéressés à en parler autour de vous à des amis qui ne parlent pas français; aussi vous trouverez dans le pied de page du blog des petits drapeaux permettant la traduction du blog entier dans 24 langues différentes: n'hésitez plus à en parler autour de vous...
  2. Vous avez des questions à me poser, des précisions sur certains articles (notamment sur les exercices de respiration), vous pouvez m'écrire à présent via le lien "Pour me contacter" sur la colonne de droite juste en-dessous du sommaire.
A bientôt,

Ren's

lundi 28 septembre 2009

L'art d'apprivoiser le buffle


"L'art d'apprivoiser le buffle" est une parabole des étapes de l'éveil dans la culture zen. Chacune de ces étapes est symbolisée par un tableau. Il y a en tout dix tableaux accessibles par ce lien
qui vous présente la version donnée par un grand maître zen du XIIème siècle, Kakouan. (Ce document est issue du site de M. Jean-Yves Leloup.)
Outre le fait que cette lecture peut être un élément supplémentaire pour aider chacun dans sa démarche spirituelle, "l'art d'apprivoiser le buffle" peut apporter un regard nouveau sur les notions de grade dans le Karaté et donner du sens spirituel à ces derniers. On peut chercher un lien entre les dix tableaux et le sens des dan, et également sur la symbolique du retour à la ceinture blanche qui est porté à partir du 5ème dan dans certaines écoles de karaté. Je cite ci-après une version de l'histoire du karaté (Il y en a tellement...) issue d'un site de karaté du courant kyokushin:
"Dans l’histoire du karaté, il n’y avait, au tout début, que des ceintures de couleur blanche. Le maître interdisait à ses élèves de laver leur ceinture. À force d’être portée, elle devenait de plus en plus foncée et ce, jusqu’à devenir noire. À ce stade, l’élève passait un test équivalent aujourd’hui à l’examen de passage de ceinture noire. Après un passage réussi, le maître permettait à l’élève de laver sa ceinture, qui redevenait blanche. Ainsi l’élève revenait aux sources. Il retrouvait une nouvelle pureté, un nouveau potentiel pour apprendre d’autres principes du karaté."
Au delà des querelles de chapelle, chacun des courants du karaté essaie d'exprimer l'esprit du karatédo. C'est ce qui les réunit fondamentalement et la lecture de
"L'art d'apprivoiser le buffle" vous aidera peut-être à ressentir un peu plus le Do dans le karaté.

Bonne lecture.

mercredi 16 septembre 2009

La pédagogie de la répétition


L'enseignement au karaté s'appuie pour une grande part sur la répétition inlassable des techniques.
Cette pédagogie de la répétition se retrouve dans tous les arts martiaux bushido. Elle incarne en soi l'esprit du Do. Le maître zen Shunryu Suzuki (photo ci-dessus) consacre un article entier à la répétition: "Si vous perdez l'esprit de répétition, cela deviendra difficile." et de rajouter : "La vraie pratique consiste à recommencer sans cesse jusqu'à ce que nous ayons trouvé (...). Notre voie consiste simplement à pratiquer (...)."
Cette répétition peut user la motivation surtout lorsqu'on ne perçoit aucune avancée personnelle. M. Herrigel décrit ce moment où le désir même d'apprendre s'étiole: "Plusieurs semaines s'écoulèrent sans que j'eusse marqué le moindre progrès. Je constatai par contre que cela ne me touchait aucunement. L'art tout entier m'était-il donc devenu indifférent? L'apprendre ou ne pas l'apprendre, découvrir ou ne pas découvrir ce que le Maître entend par ce "quelque chose", trouver ou ne pas trouver l'accès du Zen, tout cela me faisait subitement l'effet de s'être éloigné de moi, de m'être devenu si indiférrent que je ne m'y attardais plus. Je me proposai plus d'une fois de m'en ouvrir au Maître mais dès que je me trouvais devant lui, je perdais tout courage; j'étais persuadé que l'unique réponse que j'obtiendrai de lui serait cette objection ressassée: "N'interrogez pas, entraînez-vous!". Je renonçais donc à l'interroger et, si le Maître ne m'eût retenu d'une emprise aussi inexorable, j'eusse volontiers aussi renoncé aux exercices. Atone, je passais d'un jour à l'autre, exécutant tant bien que mal ma tâche professionnelle et je ne m'affectais même plus de constater mon indifférence devant tout ce à quoi durant des années je m'étais donné avec persévérance."

Ce point fait apparaître l'unicité entre les arts martiaux et le travail spirituel dans le Do car pratiquer un art martial est en soi une activité qui développe "l'esprit juste", sans idée d'acquisition, appliqué dans l'instant présent.
"Nous disons que votre pratique devrait être sans esprit d'acquisition, sans aucune attente, même celle de l'illumination." explique Maître Suzuki." Quand vous abandonnez, quand vous avez cessé de vouloir quelque chose, ou que vous n'essayez pas de faire quelque chose de spécial, alors vous faites quelque chose. Lorsque votre activité ne comporte pas l'idée d'acquisition, alors vous faites quelque chose. (...) Si vous continuez chaque jour cette pratique, vous obtiendrez une puissance merveilleuse. (...) Il suffit d'être sincère et de donner tout son effort à chaque instant."
Ainsi la répétition est un double outil pédagogique qui permet d'acquérir la technique juste par imitation du geste du maître et l'esprit juste. La volonté s'émousse et perd sa motivation dans la répétition pour se délier petit à petit de l'idée d'acquisition. C'est un travail lent, imperceptible, qui se révèle dans la durée.

En ce début d'année scolaire, je vous souhaite une très belle reprise dans vos cours de karaté et vous laisse avec les encouragements du maître Suzuki:
"Dans le brouillard, vous ne savez pas que vous commencez à être mouillé, mais, tout en marchant, vous êtes peu à peu mouillé. Si vous avez à l'esprit des idées de progrès, vous direz peut-être: "Oh, cette allure est insupportable!" En fait, elle ne l'est pas. Quand vous êtes mouillé par le brouillard, il est très difficile de se sécher. Inutile, donc, de vous inquiéter du progrès."

mardi 21 juillet 2009

Le salut comme pratique de la Voie


Le salut au Karaté est très codifié et répond à une étiquette stricte. Pour un descriptif précis de cette action qui démarre et clôture nos cours, je vous laisse lire la présentation ici.
Ce rituel peut paraître vide de sens et très souvent le salut est effectué par automatisme, avec une vague déférence à la culture japonaise et ses mystères. Néanmoins, (et au-delà même des traditions sociales asiatiques) dans la pratique bouddhiste et notamment dans le zen, la "prosternation" est un exercice spirituel en tant que tel, bien loin de l'idée de déférence ou d'
abaissement voire d'asservissement auquel on peut associer cette action: "se prosterner est une pratique sérieuse", comme nous l'explique ci-après Shunryu Suzuki.
"En nous prosternant, nous nous abandonnons. Nous abandonner signifie abandonner nos idées dualistes. (...) D'habitude, se prosterner signifie présenter ses respects à ce qui est plus digne de respect que soi-même. Mais quand vous vous prosternez devant Bouddha, vous ne devriez avoir aucune idée de Bouddha, vous devenez simplement un avec Bouddha (...). Quand vous devenez un avec Bouddha, un avec tout ce qui existe, vous trouvez la vraie signification de votre être. (...)
Quand tout existe à l'intérieur de votre esprit vaste, toutes les relations dualistes disparaissent. (...) Dans votre esprit vaste, tout a la même valeur. (...)
Quand vous n'êtes que vous-même, vous vous prosternez devant vous-même au vrai sens et vous faites un avec tout. (...)
Prosternez-vous dans cet esprit, et tous les préceptes, tous les enseignements seront à vous, et vous possédez tout dans votre vaste esprit."



vendredi 20 mars 2009

Kyudo: la cible en soi

Pour compléter et illustrer l'article précédent, "la respiration pour unifier l'esprit et l'énergie", voici une vidéo qui présente le kyudo, l'art du tir à l'arc japonais.


samedi 14 mars 2009

La respiration pour unifier l'esprit et l'énergie

Afin de mieux comprendre comment la respiration est un moyen d'exercer l'esprit et de ressentir l'énergie que l'on porte en soi, voici quelques extraits du livre "Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc" qui sont très explicites et qui, mis bout à bout, permettront de saisir un peu mieux la sensation qui peut se dégager en pratiquant ces exercices. Ici, ils se rapportent à la pratique du kyudo (l'art du Tir à l'arc japonais), mais je ne pense pas qu'il soit trop difficile de faire des ponts avec la pratique du karaté.

"(...) enfin je comprenais le sens de l'expression bander son arc en "esprit". (...) Il ne s'agissait nullement d'un procédé technique que, vainement, j'avais essayé de découvrir mais tout uniquement de trouver dans la respiration de nouvelles possibilités de libération."

"Le maître nous dit un jour: "L'acte de l'inspiration lie et réunit, tout ce qui est convenable s'accomplit tandis qu'on retient le souffle: l'expiration, elle, délivre et parfait, en triomphant de toute limitation."

"En respirant ainsi, vous découvrirez de plus le principe de toute force spirituelle, et plus vous serez décontracté, plus vous constaterez que cette source ruissellera dans tous vos membres."


Il apparaît bien une unité profonde entre les différents arts du bushido, quels qu'ils soient. La respiration en est un des éléments clés, non seulement pour ressentir sa propre énergie et la déployer mais aussi pour permettre à l'esprit d'atteindre l'état de détachement nécessaire pour exécuter avec justesse le geste.

" Si l'on veut obtenir un départ convenable du coup, il faut ajouter maintenant à la décontraction physique une détente de l'esprit et de toute l'âme, en vue de rendre l'esprit non seulement mobile mais libre(...). C'est en se retranchant de toutes connexions, quelles qu'elles soient, en se dépersonnalisant de fond en comble, que l'âme abîmée en soi se montre en la toute puissance de son origine indicible.
Ce n'est pas par la volonté de se détourner énergiquement qu'on peut satisfaire le mieux à l'exigence de fermer la porte des sens, mais plutôt par une disposition à céder sans résistance. Mais, pour que réussisse d'instinct ce comportement passif, il faut à l'âme une armature interne; elle l'acquiert en se concentrant sur l'acte respiratoire.(...)
Le résultat de cet exercice ne se fait pas attendre. Car plus intensément l'on se concentre sur l'acte respiratoire, plus s'atténuent les excitations venues de l'extérieur. Elles s'engloutissent dans un vague murmure, auquel on commence par ne plus prêter qu'à demi l'oreille, pour n'en être finalement pas plus troublé que ne l'est celui qui est habitué au murmure de l'océan. (...) Que le corps soit debout, assis ou couché, il suffit de veiller à le tenir détendu au maximum, et si l'on se concentre alors sur l'acte respiratoire, on se retrouve bientôt comme isolé par des enveloppes imperméables."

La concentration sur l'acte respiratoire est donc un exercice essentiel, réel et abouti dans la pratique du Do à travers le tir à l'arc. A nous de l'appliquer à la pratique du karaté.

samedi 28 février 2009

Le dojo, lieu de la vacuité


Sengai Gibon, The Circle, Triangle, and Square,
Edo period, early 19th century, Ink on paper


La recherche spirituelle à travers la pratique d'un art martial s'exerce aussi dans la manière d'aborder le lieu de la pratique: le dojo. Littéralement, il signifie "lieu où l'on pratique la voie". Pour respecter l'esprit de la Voie, il serait plus juste de désigner le "dojo" comme "un lieu qui prédispose pour pratiquer la Voie" car, en soi, tout lieu est le lieu de la Voie:

Traité de Bodhidharma: Le lieu de l'éveil
Question: "Où se trouve le lieu de l'éveil?"
Réponse: "
Le lieu où l'on marche est le lieu de l'éveil, le lieu où l'on est couché est le lieu de l'éveil, le lieu où l'on est assis est le lieu de l'éveil, le lieu où l'on se tient debout est le lieu de l'éveil. Lever ou abaisser le pied, tout cela constitue le lieu de l'éveil."

Le dojo est un lieu préparé en ce sens qu'il intègre une symbolique, un code, dans sa conception, susceptible d'amener l'esprit un peu plus dans une pratique juste de la Voie. Ici, un article expliquant quelques-unes de ces règles.

Un autre aspect symbolique est le tatami avec la délimitation de la zone d'exercice par un contour de couleur dessinant un carré. Le carré vide symbolise la vacuité, c'est-à dire l'état naturel que tout pratiquant de la Voie cherche constamment à retrouver. "Nous disons que la véritable existence vient de la vacuité et retourne à la vacuité. Ce qui surgit de la vacuité est la véritable existence. Nous devons passer par la porte de la vacuité. (...) Nous disons que la vraie compréhension surgira de la vacuité. Quand vous étudiez le bouddhisme, vous devriez faire un nettoyage à fond de votre esprit. (Esprit zen, esprit neuf; Shunryu Suzuki)

Cette symbolique du carré se retrouve dans le "livre de la cour jaune", classique taoïste des IVe-Ve siècles, dont voici un extrait de l'introduction:

La Cour Jaune
"La cour est cet espace vide qui s'étend entre les bâtiments disposés sur ses quatre côtés (...) : la cour est un humble vide. Quant à sa couleur, le jaune, c'est la couleur symbolique de l'élément terre, lequel se trouve au centre des quatre éléments primordiaux. La Cour Jaune désigne donc un vide central, le vide central de toute chose."

Ainsi, rentrer sur le tatami est un acte également de l'esprit qui, en pénétrant dans cet espace symbolique entre dans un travail de défrichage.
Si l'on conçoit ainsi cet espace, le salut plein de déférence qui doit être effectué en entrant et en sortant du tatami devient naturel et simple, et perd toute la rigidité qui peut être associée à un rituel dénué de sens.